Hier après-midi, l'adjoint au maire Lucien Laplanche et le chef de la police municipale ont fait entendre raison à Alain Salaver. Les échanges ont été musclés. Ça
fait 10 ans qu'il joue avec les nerfs des riverains de la rue de l'Horloge. Hier, le vielleux Alain Salaver, a été verbalisé par la police municipale. Hier, rue de l'Horloge. Comme tous les matins
de l'été, Alain Salaver installe sa vielle. Il joue. Comme tous les jours, le son lancinant de l'instrument traditionnel envahi la rue. Sauf qu'on est le 1er septembre et que l'arrêté municipal
autorisant la musique dans les rues s'arrête le 31 août au soir. La police municipale ne tarde pas. À 11 h 15, une policière demande au vielleux d'arrêter. Il refuse. La policière sort son carnet
et donne une contravention de 11 €. Les riverains sont ravis. Alain Salaver alerte la presse. Clame son bon droit. « Je joue sur le domaine public. Sans arrêté municipal, j'ai le droit de jouer où
et quand je veux. » Têtu, il annonce qu'il va continuer à jouer dès l'après-midi, quitte à recevoir une autre contravention. Les touristes interpellent les élus Rue de l'Horloge à 14 h, donc. Alain
Salaver recommence à jouer. Les commerçants frôlent l'apoplexie. « Faites-le taire, on n'en peut plus », scande l'un. « C'est scandaleux. Déjà qu'on doit se le « coltiner » tout l'été. Là, c'est
trop », lance un autre. Ils sont plusieurs sur le pas de leur porte. Unanimes. Tous ont leur téléphone à la main. Le stand de la mairie surchauffe. La mairie envoie alors la grosse artillerie : le
chef de la police municipale accompagné de Lucien Laplanche, l'adjoint à la circulation. Ils sortent en trombe de la voiture. Les échanges sont vifs. « Il faut arrêter maintenant, lance l'élu.
C'est fini. Et vous le savez bien. Je vous avais donné l'arrêté en main propre en juin vous disant que vous ne pouviez plus jouer en septembre. » Le vielleux reste impassible. « Vous ne pouvez pas
interdire à un musicien de jouer sur le domaine public. » Le policier municipal garde son calme. « Mais oui, justement. Personne n'a le droit de stationner dans la rue toute la journée. Sans
autorisation du maire, c'est interdit. Imaginez que tout le monde se mette à jouer n'importe où. Ce serait la cacophonie. » C'est rapidement l'attroupement. Les touristes interpellent Lucien
Laplanche. « C'est lamentable d'interdire de jouer de la musique, bretonne de surcroît, dans la rue », réagit une dame du Pas-de-Calais. L'adjoint leur explique que la musique est autorisée du 15
juin au 31 août. « Mais nous sommes en septembre. Nous avons reçu une cinquantaine d'appels téléphoniques depuis ce matin. Et il y a même une pétition de riverains qui circule pour interdire la
musique, même l'été. » Justement, un commerçant s'en mêle. « Cinq minutes, ça va, lance-t-il aux touristes. Mais nous, on l'a toute la journée. Après une demi-heure, il y a de quoi devenir fou. »
Après un bon quart d'heure de discussion, Alain Salaver jette l'éponge. « Bon d'accord, j'arrête. Je ne veux pas faire de problème. Mais je recommencerai l'an prochain. » Il remballe son
instrument. Les commerçants lèvent le pouce en signe de victoire. Lucien Laplanche est soulagé. Jusqu'à l'année prochaine.
Jean-Valéry HÉQUETTE. Ouest-France