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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 10:09

Nés en Colombie, adoptés, séparés à la naissance et réunis par la musique, Yannick et Tangi ont remporté samedi à Lorient, avec le bagad Kemper, le titre de champion de Bretagne des sonneurs. Ils sont les symboles d'une culture bretonne ouverte et moderne, quelques mois après les attaques racistes dont a été victime Yannick.

Sacrés avec le bagad Kemper, au championnat des bagadoù, qui ouvrait, samedi, le Festival interceltique de Lorient, les sonneurs jumeaux Yannick et Tangi vivent un destin incroyable. Nés il y a vingt-cinq ans en Colombie, les deux bébés sont séparés et adoptés à leur arrivée en France.

 

Yannick est élevé par une famille bretonnante dans le Finistère, à Lannilis. A l'école, il commence par jouer de la flûte à bec, s'éclatant sur Le lion est mort ce soir, prestation qui sera remarquée par son professeur de musique. Il est doué. Il a de l'oreille. A 9 ans, le petit garçon apprend la bombarde, à 12 ans le biniou, et n'a qu'un rêve : intégrer le bagad de Quimper qu'il admire.

Tangi, lui, grandit dans la tradition gallo, au coeur du Centre-Bretagne, à Missiriac. Il est doué également. Mais pour le foot. De 14 à 17 ans, il fait ses classes en sport études au centre de formation du Stade Rennais, grandissant aux côtés de Yoann Gourcuff et de Sylvain Marveaux.

Enfants, les frères se voient de temps en temps, surtout pendant les vacances. « C'est la musique bretonne qui leur a permis de se retrouver », confie Yvonne, la maman adoptive de Yannick. Tangi, autodidacte, se met à la bombarde lorsqu'il a 13 ans. Il rejoint le bagad de Malestroit puis d'Auray, dans le Morbihan. C'est en 2007 qu'il intègre le bagad Kemper, quatre ans après Yannick. Les deux frères sont enfin réunis.

Les jumeaux musiciens poussent leur complicité jusqu'à exercer le même métier : ils sont agents immobiliers mais dans deux agences différentes. Ils ont tous deux un BTS, « négociations relations clients » pour Yannick, obtenu à Lorient ; « professions immobilières » pour Tangi, à Brest. Yannick est plutôt extraverti, Tangi, plus discret.

Les deux jeunes hommes, diamants à l'oreille, lunettes griffées, s'en amusent : « On est différents mais très complices. On habite à un kilomètre l'un de l'autre à Quimper. Et on est capables de rester des heures au téléphone à parler musique ! » Surtout, Yannick et Tangi sont des musiciens hors pair. Rares. L'an dernier, Yannick a remporté le prestigieux titre de champion des sonneurs bretons, en couple biniou-bombarde. Il a ébloui le jury.

« Je me sens encore jugé »

« Outre sa superbe technique et son aisance, Yannick a une grande générosité quand il joue, avance Georges Botuha, sonneur et facteur d'instruments à Auray, qui a fabriqué la bombarde de Yannick. Il sait créer une ambiance musicale. » Jean-Louis Henaff, ancien penn soner (chef d'orchestre du bagad) de Kemper est également très flatteur : « Yannick et Tangi savent se mettre au service du groupe et c'est ça, le talent, justement. »

Au sein du bagad Kemper, les deux frères ont trouvé une famille. Leurs copains leur ont apporté leur soutien lorsque Yannick Martin, après son titre de champion de Bretagne, a été victime d'injures racistes sur un site extrémiste breton, en février. Sa maman, Yvonne, en parle un peu : « Yannick a été médiatisé avec cette histoire, ça n'a pas été facile pour lui. »

Yannick, lui, est encore amer : « La culture bretonne, c'est l'ouverture musicale sur les autres cultures et pays. Mais certains Bretons restent encore fermés. Je me sens parfois jugé. On me fait comprendre que je ne suis pas d'ici. C'est vrai que depuis cette polémique, j'y suis beaucoup plus sensible dans la vie de tous les jours et dans la musique. »

Mais plutôt que de ressasser, Yannick choisit d'autres moyens « d'évacuer ». Il a écrit un mémoire sur la vie de Yann-Kaourintin Ar Gall, ancien grand sonneur bigouden. C'est lui qui a fondé les Sonerien Du, les « sonneurs noirs » en breton, groupe fondé en 1971, en hommage aux deux sonneurs bigoudens qui furent pendus à la place de deux brigands qui sévissaient dans la région.

Tangi, lui, préfère ne pas parler de tout ça. Chacun sa manière. Mais les deux frères peuvent et doivent se sentir protégés à l'abri du drapeau breton : il est noir et blanc.

 

 

Julia FOUQUET.Photo : Vincent MOUCHEL. Ouest France 9 août 2011

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Jean- François Helleux - dans Bretagne
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