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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 19:01
Isabelle Blanchard, guide conférencière, montre aux visiteurs l'ancienne maison close du 112 rue de la Forêt.
Isabelle Blanchard, guide conférencière, montre aux visiteurs l'ancienne maison close du 112 rue de la Forêt.

On croisait des filles à Bonabry, près de la caserne et dans la fameuse maison close du 112, rue de la Forêt. Vendredi soir, une visite guidée a évoqué cette réalité sociologique du XIXe et du début du XXe.

Reportage

 

Il est 21 h. Rendez-vous au couvent des Urbanistes pour la douzaine de personnes qui participent à la visite sur « les dessous coquins de Fougères ». Après les nonnes, les militaires ont vécu dans ce bâtiment transformé en caserne en 1790. La présence de ces hommes seuls favorise le développement de la prostitution. « Très vite, on commence à hurler au scandale », raconte Isabelle Blanchard, guide conférencière.

Les municipalités successives instaurent des réglementations. Comme en 1854 : « Chaque année, il sera fait dans la commune un recensement des filles et femmes publiques. » C'est justement l'époque où le 10e régiment de cavalerie s'installe à son tour aux Urbanistes. D'autres arrêtés suivront. Interdiction pour elles de se promener ou de stationner sur les places, et les boulevards, de s'arrêter dans les rues à la porte des habitations ; de fréquenter les cafés etc.

4 ou 5 filles à la maison close

À un jet de pierre de là, le groupe se dirige vers la rue de la Forêt. Le « 112 », plus précisément. Là où se trouvait la maison close de Fougères. Auparavant, il y en avait eu une, rue de la Pinterie, qui avait été fermée. Aujourd'hui résidence du Foyer de jeune travailleur, la façade blanche aux fenêtres rouges n'a plus grand-chose à voir avec son passé. « Les maisons de tolérance devaient être relativement éloignées des lieux de bienséance. Ici, elle est, certes, loin du centre, mais proche de la caserne, du cimetière, de l'hôpital... Elles devaient avoir l'aspect d'une maison bourgeoise bien tenue et être repérable par une lanterne rouge et son numéro... »

La porte était toujours fermée, volets et rideaux obscurcissaient les fenêtres. « Au « 112 », il faut imaginer des salons au rez-de-chaussée. L'un avec le bar et le piano pour se réunir et danser, l'autre avec les filles. » Elles étaient 4 ou 5. Au grand maximum, elles furent 7. À l'étage, se trouvaient 7 chambres où elles recevaient les clients. Au second, l'appartement des tenanciers.

« On connaît ces maisons de tolérance par les peintres, les écrivains et par les rapports de police. » La guide lit un extrait de la nouvelle de Maupassant La Maison Tellier, qui décrit les filles d'une maison de province. Elle montre des reproductions de dessins d'artistes. Les visiteurs essayent d'imaginer la vie particulière de ces femmes. La vie difficile, aussi. « Elles sortent peu et jamais seules. À leur arrivée, elles reçoivent des vêtements, du maquillage et doivent rembourser tout ça si elles veulent partir. » Le « 112 », alors tenu par Mme Le Bastard, fermera en 1946, comme toutes les maisons de tolérance de France, désormais interdites par la loi.

Prostitution « indépendante »

Pour les promeneurs de vendredi, la balade se poursuit dans le quartier ouvrier de Bonabry, près de l'ex-usine Morel et Gaté. Isabelle Blanchard évoque la prostitution indépendante, dans ce quartier vivant au rythme des sirènes des usines. « Entre 1910 et 1930, une cinquantaine de femmes sont « encartées », c'est-à-dire reconnues comme prostituées et doivent ainsi passer des contrôles sanitaires toutes les semaines. » Et il y en a d'autres. Elles rencontrent les hommes dans la rue, près des cafés alors nombreux. Elles les reçoivent chez elles, dans des arrières cours.

Leur nombre a sans doute augmenté pendant la première guerre mondiale. Isabelle Blanchard lit une note de police de 1914, cité par Jean-François Helleux, dans son article sur la prostitution paru dans la revue Le Pays, en 2001. « Dans chaque quartier, il existe au moins une maison de passe, tenue clandestinement par une femme mariée ou une fille, où quelques amies, femmes de mobilisés, viennent prêter leur concours. [...] Rue Canrobert, une fille L. tient une de ces maisons et se livre elle-même. [...] Les militaires viennent chez elle au besoin, ou elle les y amène et d'autres jeunes filles viennent au rendez-vous. »

La nuit tombe. Les visiteurs se séparent, après avoir évoqué les rudes conditions de vie des prostituées d'hier et d'aujourd'hui.

 

Sources : Ouest France 18 juillet 2011

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Jean- François Helleux - dans Bretagne
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