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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 19:00

Un jour de 1991, leur maison a été polluée par une fuite provenant d'une station service. Aujourd'hui encore, ils ne peuvent ni l'habiter, ni la vendre, ni la louer.

Dix-sept ans que Total pourrit leur vie... En mai 1991, Gérard et Danielle Louvel, 40 ans, mènent une existence paisible dans leur maison de la rue de l'Église à Taillis, près de Vitré, entourés de leurs cinq enfants de 5 à 18 ans. Graduellement, une forte odeur de carburant s'installe, s'aggrave, donne des maux de tête. Ils finissent par donner l'alerte.

De fait, 4 000 à 7 000 litres de carburant, dira plus tard la justice, se sont échappés des canalisations vétustes de la station Total, 50 m plus haut. Le maire ordonne l'expulsion. Les Louvel partent à l'hôtel à leurs frais, pendant que les opérations de pompage commencent. Total, sommé par la justice de les loger, leur pose un mobil-home au fond de la cour. Entassée, la famille part en septembre en location à Vitré.

En août 92, quand les Louvel rentrent chez eux, les odeurs persistent. Un expert revient, puis les services de la préfecture, de l'environnement (la Drire). « Les opérations de dépollution n'ont été menées que partiellement », constate la Drire. Gérard Louvel entame alors pour de bon une guérilla juridique et technique face à Total. Il obtiendra enfin justice au bout de cinq ans.

Impossible de vendre ou louer

Le 3 décembre 1997, la Cour d'Appel de Rennes condamne solidairement Total, le gérant de la station et la société chargée de l'entretien à leur verser 330 000 €. Entre-temps, la famille a dû déménager à Fougères où Danielle a trouvé un travail. Gérard, lui, se prépare à recréer une entreprise. Pourquoi ne pas vendre ou louer la maison de Taillis ? Réponse des services préfectoraux : il faut d'abord « qu'un expert détermine l'absence de risque » et « il est de votre responsabilité de propriétaire de vous en assurer 

».

 

Dix ans et des dizaines de kilos d'expertises plus tard, les Louvel ont toujours la maison de Taillis sur les bras. Ils ont dû diligenter une ESR (Évaluation simplifiée des risques) puis une EDR (Évaluation détaillée des risques), ils ont parlé physique et chimie avec les experts, droit avec les avocats, signé des chèques encore et encore, et espéré toujours. Le 28 mars 2001, le préfet Claude Guéant, devenu l'influent bras droit de Nicolas Sarkozy, leur indique qu'il « s'emploie à obtenir rapidement » les résultats de la dernière EDR. Un gag de plus.

En septembre 2002, Me Bernard, leur avocat, propose un accord amiable à Total : pas de réponse. En janvier 2003, les Louvel relancent donc une procédure. Le tribunal nomme un expert judiciaire que Total récuse. Le tribunal en désigne un autre qui devra dire si la pollution toujours présente date de 1991 ou est nouvelle, comme le prétend Total qui a, depuis, vendu la station. Conclusion du « diagnostic approfondi », au printemps 2005 : la pollution actuelle vient bien de la pollution de 1991. Mais Total refuse un nouvel accord amiable : attendons, dit le géant pétrolier, la nouvelle Évaluation détaillée des risques...

« Ils nous méprisent »

On l'attend toujours et l'état d'esprit de Total n'a pas changé. Pas question de payer le restant de la dépollution. Chez Me Régnault, l'avocat parisien qui défend les intérêts de Total, tout est simple : « Pourquoi y a-t-il toujours une pollution résiduelle alors que ça a été dépollué ? Quelle est la nature et l'impact de cette pollution résiduelle ? Empêche-t-elle d'habiter la maison ? L'administration a pu se tromper ! 

»

«

 Ils nous méprisent », lâche Gérard Louvel. « Peut-être jouent-ils sur le temps, suggère Me Bernard, que la dépollution intervienne naturellement avec les années. » Il vient d'évaluer le préjudice subi depuis 1997. Charges et impôts pour la maison : 16 000 €. Perte de jouissance : 127 000 €. Frais d'emprunts pour se loger, payer les expertises, etc. : 58 500 €. Préjudice économique : 63 000 €. Sans compter l'angoisse, les nuits blanches, la santé... Le groupe Total, lui, a dégagé un bénéfice net de 12 milliards d'euros en 2007.

 

 

Michel ROUGER. Ouest-France 23 juin 2008

 

 

Site de la famille LOUVEL : www.pollution-louvel-total.fr

 

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