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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 14:33

Comme on l’imagine, la liaison n’a pas été simple à établir. Elle impose de passer par des circuits et des voies très parallèles mais après plusieurs tentatives infructueuses, nous avons enfin réussi à entrer en contact avec notre si aimée Duchesse. Anne de Bretagne a accepté de répondre à nos questions en exclusivité mondiale.

- Allo… Votre Altesse, je me prosterne à vos pieds en vous exprimant toute mon éternelle gratitude pour avoir accepté cet entretien alors que l’on célèbre le 500e anniversaire de votre Grand Départ. Avez-vous eu des échos des hommages multiples qui vous sont rendus ? (Anne de Bretagne)

– Oui, gentil plumitif, il m’est revenu que vos étranges lucarnes ont donné beaucoup de tableaux de mon Duché et des multiples prétendants qui dès mon plus jeune âge, lorgnaient sur la Bretagne comme sur le plus beau joyau d’une couronne. Et s’ils me désiraient ainsi, ce n’était certes pas seulement pour se dénouer l’aiguillette. Ils en voulaient à mon riche Duché comme l’a dit votre gentil herault à la chevelure d’écume mais au sourire traversé de quelque niaiseté et qui passe son temps à s’esbaudir. Comment le nommez-vous déjà ?

- Stéphane Bern ?

– Oui, c’est celà. Le cuistre aurait pu expliquer que mon Duché était riche de ses récoltes, riche de ses fabriques de voiles comme celles qui s’en allèrent vers l’Inde sur les navires de Messire Collomb, que ma flotte de transports costière était à l’époque la plus importante d’Europe ? Pourquoi diantre ne s’est il ingénié qu’à parler de mes mariages, consommés ou non ? Serait-il à ce point courtisan ?

- Oui votre altesse, c’est un spécialiste des familles royales et des people , alors forcément ?

– Des pipoles, dîtes-vous ? Mais moi aussi, je l’aimais mon peuple et il me le rendait bien. Savez-vous à quel point la Bretagne tout entière fut saisie de transes lors de mon grand voyage en mon si aimable Duché. Oncques ne vîmes tant si bel équipage sur les routes de Bretagne et partout la foule rendit grâce au Ciel de nous voir, moi et mes gens, allant à la rencontre ne notre si gentil peuple breton.

- Oui mais, pardonnez moi, on dit que vous ne parliez pas la langue bretonne.

– C’est vrai et oncques ne prétendis le contraire. Je ne connaissais pas la langue parlée dans la plus lointaine contrée de ma province ayant été élevée au sein maternel de la langue française. Mais j’eus toujours plus de respect pour mes fidèles sujets bretons que pour tous les courtisans de cette lignée royale dont je n’ai plus guère de nouvelles depuis ce bon Louis XVI. Va-t-il bien au moins ?

- Euh… c’est à dire qu’il a un peu perdu la tête…

– Cela ne m’étonne guère, gentil plumitif. A force de passer son temps à tourner des clefs dans des serrures, il aura fini par fermer son propre cervelet. J’espère au moins que son Autrichienne continue à s’occuper de lui, même s’il a aujourd’hui l’esprit qui vagabonde dans les couloirs du temps. A son âge, ce n’est guère étonnant.

- Enfin, je voulais dire que…

– Quoi, que vouliez vous dire ? Parlez-moi un peu de ma Bretagne. Vous avez 500 ans de moins que moi et j’imagine qu’il s’est tout de même passé beaucoup de choses dans mon beau duché.

- Oui Votre Altesse. Ces temps-ci, on a surtout eu les Bonnets rouges…

– Ah oui, je sais, j’ai appris pour ce pauvre Sébastien Le Balp. Mourir ainsi assassiné… mais ce fut pour la bonne cause. Sa révolte et celle de ses semblables contre un nouvel impôt était légitime et…

- Pardonnez-moi de vous interrompre, Votre Altesse, je voulais parler des Bonnets rouges de Troadec et Merret…

– Diantre, qui sont ces gueux ? Etaient-ils eux aussi des compagnons de Le Balp ou de vils usurpateurs se couvrant le chef de quelque bonnet de couleur écarlate ?

- Ce sont des gens qui ont réagi très vivement alors qu’on voulait imposer sur vos routes un octroi dénommé écotaxe ?

– Quoi ? Un octroi sur mes routes ? Mais Ventre-Saint-Gris, mon contrat royal interdisait toute taxe, toute dîme, toute redevance sur les routes de mon Duché. Je savais que ces fourbes de Françouais ne tiendraient pas leurs promesses et qu’ils se trouverait parmi eux quelque esprit malin pour tenter de détourner les clauses de sauvegarde de mon Duché. Et qu’est-il advenu de ces gens ?

- Ils ont obtenu gain de cause et l’écotaxe a été envoyée aux oubliettes par Madame Royal du Poitou…

– Madame Royal, dites vous ? La soeur du Roi ?

- Non, Votre Altesse. C’est… c’est un peu compliqué.

– Comme vous l’entendez, mon gentil plumitif. Et vos gens qui ont vaincu l’octroi, ont-ils au moins prestement festoyé pour célébrer tant si belle victoire sur les Françouais ?

- Non, Madame, car il leur restait au coeur une autre blessure. Ils veulent que votre bonne ville de Nantes revienne en Bretagne.

– Par Dieu, que me dites vous là ? Ma ville et mon chateau ducal ne sont plus en Bretagne ? Mais vos sens sont abusés par le Malin, bougre de plumitif.

- Non , Votre Altesse, ainsi est l’amère vérité. Nantes n’est plus en Bretagne depuis le siècle dernier.

– Qu’ouïs-je ? Que m’apprenez-vous là, damoiseau ? Ma ville bien aimée, mon tant si beau château, tout cela ne serait plus dans ma belle Bretagne ? Gaaarde… GAAAARDE (on l’entend qui appelle sa garde). Mortecouille ! Mais où sont tous mes gens ? Qu’on harnache mon fidèle destrier. Qu’on sorte mes oriflammes. Qu’on fasse sonner les cloches de mon Duché, de Clisson à Quimper-Corentin. Je redescends bouter les Françouais hors de mon duché. Je vais tous les étri…

- Allo… Allo Duchesse… Allo… Votre Altesse vous m’entendez ? Mince, ça a coupé !

Julien Perez

Comité Anne de Bretagne

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